TikTok Shop resserre son contrôle sur les breaks de cartes tout en développant ses propres ventes aléatoires
La plateforme a révisé à trois reprises ses règles encadrant les formats de breaks comparables à des loteries, tout en étendant son système d'enchères randomisées Surprise Sets à de nouvelles catégories de produits.

TikTok Shop a entrepris une refonte majeure de sa politique concernant les ventes aléatoires de cartes à collectionner depuis fin mai 2025, dans un mouvement visant à encadrer strictement les formats les plus comparables à des jeux de hasard tout en développant son propre système d'enchères randomisées, les Surprise Sets. Ces changements interviennent dans un contexte juridique tendu où la qualification des breaks de cartes comme jeux d'argent fait débat.
Une régulation progressive des breaks de cartes
La première version révisée de la Politique sur les jeux d'argent de TikTok Shop, datée du 27 mai 2025, a marqué un tournant en interdisant trois formats spécifiques de breaks : les breaks aléatoires, les breaks style draft et les breaks à prime (bounty breaks). Un mois plus tard, le 25 juin, cette liste s'est considérablement élargie pour inclure huit formats prohibés, décrits comme des "exemples non exhaustifs". Parmi eux figurent notamment les breaks par équipe aléatoire (random team), les jeux à points (points programs), les batailles HP (HP battles) ou encore les "train games". Ces formats ont en commun de faire payer les acheteurs sans qu'ils ne sachent précisément quel produit ils vont recevoir, un mécanisme souvent comparé à celui des loteries.
Le développement contrôlé des Surprise Sets
Face à ces restrictions, TikTok a développé sa propre alternative contrôlée : les Surprise Sets. Lancée en octobre 2025, cette fonctionnalité permettait initialement des enchères randomisées sur des cartes à collectionner. Mais depuis avril 2025, son champ d'application s'est considérablement élargi pour inclure l'électronique, les jouets et les articles de beauté. Le système a connu des dérives, avec des cas où des utilisateurs payant des centaines de dollars pour espérer gagner un iPhone recevaient finalement des articles de moindre valeur. TikTok a réagi en juin en interdisant certains produits haut de gamme comme les smartphones, tablettes ou diamants. Depuis août, la plateforme n'autorise les breaks par équipe aléatoire que via cette fonctionnalité Surprise Sets, où l'attribution des équipes est strictement gérée par un outil interne de randomisation.
Un cadre réglementaire évolutif et parfois flou
Les règles encadrant les Surprise Sets ont connu plusieurs assouplissements notables. Jusqu'en juillet, TikTok imposait des limites précises : la valeur la plus élevée d'un article dans un lot ne pouvait excéder dix fois la valeur la plus basse, et les articles haut de gamme devaient représenter au moins 10% du lot. Ces restrictions chiffrées ont disparu dans la version du 1er septembre, remplacées par des formulations plus vagues demandant une "variation de prix raisonnable" et interdisant une "rareté disproportionnée" des articles de valeur. TikTok affirme appliquer des principes internes pour contrôler ces paramètres, mais ne détaille pas ses critères exacts, ce qui peut créer une certaine opacité pour les vendeurs.
Un positionnement ambigu face aux jeux de hasard
Malgré son développement des Surprise Sets, TikTok maintient une position officielle stricte contre les jeux d'argent sur sa plateforme. Sa Politique sur les collections interdit explicitement "toute forme de distribution aléatoire où les clients ne sélectionnent pas un type spécifique de produit". Pourtant, les Surprise Sets fonctionnent précisément sur ce principe - l'acheteur ne choisit pas l'article qu'il reçoit, c'est l'algorithme de TikTok qui le détermine. La plateforme justifie cette apparente contradiction en soulignant que seuls les produits scellés par le fabricant sont autorisés et que le processus de randomisation est entièrement contrôlé par ses outils internes. Elle précise par ailleurs que toutes les fonctionnalités de TikTok Shop sont réservées aux utilisateurs majeurs.
Un contexte juridique particulièrement tendu
Ces modifications réglementaires interviennent dans un paysage juridique particulièrement mouvementé. Trois vendeurs spécialisés dans les breaks ont intenté des poursuites contre TikTok et Fanatics devant le tribunal fédéral de Californie, les accusant de pratiques anticoncurrentielles. Ces plaintes, qui n'ont pas encore été jugées, évoquent notamment des "violations des règles anti-jeu". Dans le même temps, d'autres plateformes comme Whatnot sont attaquées sur le front inverse : l'avocat Paul Lesko a déposé 15 demandes d'arbitrage au nom de 30 clients, accusant Whatnot de faire fonctionner un casino en ligne non régulé en violation des lois californiennes sur les loteries. Une plainte distincte vise également Whatnot et Fanatics Live pour exploitation de "loteries de breaks non autorisées". Ces affaires pourraient créer un précédent important pour toute l'industrie.
Quel avenir pour les breaks de cartes en ligne ?
L'évolution des politiques de TikTok Shop reflète les tensions croissantes autour des breaks de cartes en ligne. D'un côté, la plateforme cherche à limiter les risques juridiques en encadrant strictement les formats les plus proches des jeux de hasard. De l'autre, elle développe activement ses propres outils de vente aléatoire, cherchant à garder le contrôle sur cette activité lucrative. Les récentes modifications réglementaires, avec le passage de règles précises à des principes plus flous, pourraient indiquer une volonté de garder une certaine flexibilité face à un environnement juridique encore incertain. Les décisions à venir dans les différentes affaires en cours devraient largement influencer l'avenir de ce secteur en pleine mutation.


